Certaines n'avaient jamais vu la mer - OTSUKA Julie

Couverture Certaines n'avaient jamais vu la mer

Prix Femina Etranger 2012

Nous sommes en 1919. Un bateau quitte l'Empire du Levant avec à son bord plusieurs dizaines de jeunes femmes promises à des Japonais travaillant aux États-Unis, toutes mariées par procuration.
C'est après une éprouvante traversée de l'Océan pacifique qu’elles rencontrent pour la première fois à San Francisco leurs futurs maris. Celui pour lequel elles ont tout abandonné. Celui auquel elles ont tant rêvé. Celui qui va tant les décevoir.
À la façon d'un chœur antique, leurs voix se lèvent et racontent leurs misérables vies d'exilées... leurs nuits de noces, souvent brutales, leurs rudes journées de travail dans les champs, leurs combats pour apprivoiser une langue inconnue, la naissance de leurs enfants, l'humiliation des Blancs... Une véritable clameur jusqu'au silence de la guerre et la détention dans les camps d'internement - l'État considère tout Japonais vivant en Amérique comme traître. Bientôt, l'oubli emporte tout, comme si elles, leurs époux et leurs progénitures n'avaient jamais existé.

Biographie de l’auteur

Julie Otsuka est née en 1962 en Californie. Diplômée en art, elle abandonne une carrière de peintre pour l'écriture. Elle publie son premier roman en 2002, Quand l'empereur était un dieu (2004) largement inspiré de la vie de ses grands-parents. Son deuxième roman, Certaines n'avaient jamais vu la mer (2012) a été considéré aux États-Unis, dès sa sortie, comme un chef-d'oeuvre.

Date première édition: août 2012

Editeur: Phébus

Genre: Roman

Mots clés :

Notre avis : 8 / 10 (3 notes)

Enregistré le: 21 novembre 2012



Michel G.
Appréciation de lecture
Certaines n'avaient jamais vu la mer
Appréciation : 7 / 10
Commentaire #3 du : 24 mars 2013
Un roman qui sort de l'ordinaire de par son sujet et par sa forme.
Il s'agit d'un épisode historique plutôt méconnu. Le style est original. Pas de dialogues, l'auteur raconte la vie quotidienne de toutes ces femmes venues chercher un mari qu'elles n'auraient sans doute pas trouvé au Japon (ce qui pour certaines eût été mieux....).
Pas de mélo, pas de lamentations, juste le récit d'une vie différente, rude et souvent misérable.
Gislaine
Appréciation de lecture
Certaines n'avaient jamais vu la mer
Appréciation : 8 / 10
Commentaire #2 du : 18 décembre 2012
Un livre étonnant pour 2 raisons :

Tout d'abord l'histoire :
On ne sait presque rien de l'immigration japonaise aux Etats-Unis dans les années 20. La main d’œuvre manquait dans l''agriculture. Les hommes arrivèrent les premiers, suivis par les femmes auxquelles on avait promis un beau fiancé. Le nombre de japonaise qui était de 9 000 en 1910, est passé à 38 000 en 1920. Dans les états pacifiques comme la Californie et l'Oregon, on comptait environ 110 000 japonais (cf Note). Le roman commence avec la traversée en bateau puis la désillusion de ces jeunes filles en découvrant la triste réalité et le dur labeur qui les attend. Sans vouloir dévoiler l’issue, leur situation ne s’arrangera pas puis lors de la 2eme guerre mondiale, le Japon et les Etats-Unis seront ennemis.

Et puis il y a le style :
Julie Otsuka qui est d’origine japonaise, raconte l'histoire de ces femmes à la 1ere personne du pluriel. Elle utilise le NOUS, ou encore CERTAINES, d’AUTRES, ELLES ... pour bien marquer ce destin collectif. Aucune histoire personnelle, pas d’héroïne, pas de distinction individuelle, mais une juxtaposition d'événements pour dire toutes les existences en même temps. Les chapitres relatent un thème jusqu'à épuisement. Les phrases sont courtes et entêtantes, comme un martèlement, comme des maux de tête, comme la douleur de leur misérable vie.
Au début, le style choque un peu, puis il devient efficace : les répétitions, la rengaine, le rabâchage font qu’on prend fait et cause pour elles.

Un roman puissant, bouleversant et dramatique.


Note : Baulig Henri. La population aux États-Unis en 1920. In: Annales de Géographie. 1924, p. 543-566.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1924_num_33_186_4504
Mélusine
Appréciation de lecture
Certaines n'avaient jamais vu la mer
Appréciation : 9 / 10
Commentaire #1 du : 21 novembre 2012
Nous sommes en 1919. Un bateau quitte le Japon avec à son bord des jeunes femmes adolescentes promises à des hommes par procuration. La traverse est très éprouvante.

On leur a fait croire que la vie serait pour elle plus belle, mais quand elles descendent du bateau à San Francisco, leurs futurs maris ne ressemblent en rien aux photos qu'elles avaient vues. Ils sont plus petits, plus vieux, un riche industriel n'est en fait qu'un forain.

Leur nouvelle vie a commencé par la trahison et la déception. Elles ont pris sur elles étant trop pauvres pour retourner dans leur pays.

Ces femmes ont été très courageuses, sans jamais se plaindre, la vie a été dure pour elles. Beaucoup ont vécu de rudes journées dans des camps de travailleurs immigrés ou pour le compte de riches blancs sous l'humiliation quotidienne.

Il n'y a pas de personnage principal dans ce roman, mais des voix de centaines de femmes s'élèvent pour raconter ce que chacune a vécu jusqu'au silence de la guerre et de la détention dans les camps d'internement. et bientôt l'oubli comme si elles n'avaient jamais existé.

Un beau romain, poignant, qui nous touche, écrit avec délicatesse.
Dernière édition : 10 décembre 2012, 22:32:56 par gislaine  

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