Un paquebot dans les arbres - GOBY Valentine

Couverture Un paquebot dans les arbres

Couverture Un paquebot dans les arbresÀ la fin des années 1950, Mathilde, adolescente, voit partir son père puis sa mère pour le sanatorium d'Aincourt. Commerçants, ils tenaient le café de La Roche-Guyon. Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant laisse alors ses deux plus jeunes enfants dans la misère. Car à l'aube des années 1960, la Sécurité sociale ne protège que les salariés et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui, par insouciance, méconnaissance ou dénuement ne sont pas soignés à temps. Petite mère courage, Mathilde va se battre pour sortir ceux qu'elle aime du sanatorium, ce grand paquebot blanc niché dans les arbres, où se reposent et s'aiment ceux que l'enfance ne peut tolérer autrement qu'invincibles.

Biographie de l'auteur

Née en 1974, Valentine Goby a notamment écrit Qui touche à mon corps je le tue (Gallimard, 2008). Chez Actes Sud, elle publie en 2013 Kinderzimmer. Très remarqué par les lecteurs et la critique, ce roman a reçu plusieurs prix littéraires dont celui des Libraires. Après Baumes, paru dans la collection "Essences" (Actes Sud, 2014), Un paquebot dans les arbres est son douzième roman. Depuis 2005, Valentine Goby compose parallèlement une oeuvre importante pour la jeunesse.


Date première édition: août 2016

Editeur: Acte Sud

Genre: Roman

Mots clés :

Notre avis : 8 / 10 (2 notes)

Enregistré le: 28 janvier 2017



Pascale COULON
Appréciation de lecture
Un paquebot dans les arbres
Appréciation : 8 / 10
Commentaire #2 du : 03 août 2018
« Un paquebot dans les arbres » raconte l’histoire de Mathilde, fille des cafetiers de La Roche-Guyon au milieu des années 1950. Elle sort à peine de l’enfance, mais va devoir se battre pour réunir sa famille écartelée lorsque son père et sa mère atteints de la tuberculose sont internés au sanatorium d’Aincourt.

Cet ouvrage décrit ce petit café Le Balto, acheté à crédit, son patron Paulot, invétéré joueur d'harmonica, les trois femmes de sa vie, Odile, son épouse et ses filles Annie, l'aînée et Mathilde, la cadette puis Jacques, le petit dernier. De cette famille ordinaire et solide, harmonieuse et insouciante, ne demeurent bientôt que des débris.

Parce que la tuberculose découverte chez leur père les anéantit, déconstruit en quelques mois et avec brutalité la cellule familiale, isole de tous, sape l'enfance, ruine les projets, appauvrit sans pitié.

Au milieu de ce chaos, Mathilde, résiste, n'abandonne pas, devient parent pour tous les siens, les protège, n'existe plus que pour eux, sans une seule pensée pour elle-même. L'amour qu'elle porte à sa famille, insolent et absolu, la dépossède d'elle-même jusqu'à l'épuisement.

Une quête de sauvetage démesurée qui la submerge, éprouve son corps entier mais à laquelle elle ne renonce jamais, déterminée, combattante impavide et fascinante. Face aux obligations, à la culpabilité et au devoir de protection qu'elle s'impose, elle construit une existence sans rêves et sans projets.


Mais comment est née l’idée du « Paquebot dans les arbres » ?

Les réponses de Valentine Goby sont précises :

La plupart de mes romans partent d’une rencontre. Là il y a une filiation directe avec le précédent. En écrivant « Kinderzimmer », je suis devenue très proche de Sylvie Aymler (NDLR l’un des trois bébés français nés dans le camp de Ravensbrück ayant survécu). Elle m’a présenté Elise Bellion, son amie d’enfance, qui m’a inspiré le personnage de Mathilde. Les deux étaient surveillantes au lycée des Mureaux (Yvelines). C’est Elise qui m’a parlé d’Aincourt. J’ai fait des recherches et vu que le sanatorium était inscrit au Monuments Historiques et abandonné. Cela m’a interpellée, j’ai voulu aller voir et j’ai proposé à Élise de venir avec moi.

Sans Elise, vous n’auriez jamais écrit un roman sur la tuberculose ?

Ce sont les personnages en lutte qui m’intéressent. Son parcours rend l’histoire extrêmement romanesque. La visite à Aincourt m’a travaillée. On pense aux Trente Glorieuses comme une période miraculeuse mais l’histoire progresse à petits pas. Il y a toujours un décalage entre la frise des livres d’histoire et le temps vécu : en 1947 apparaît un antibiotique, la streptomycine mais la tuberculose n’est pas pour autant terminée pour tout le monde.

Avez-vous fait beaucoup de recherches historiques ?

J’essaie de faire du cinéma à ma façon, de restituer un décor, une bande-son, des lumières. Il faut ranimer la vie quotidienne : les bibelots, les émissions radio, les voitures, les expressions populaires. D’Aincourt il ne reste aucune archive. Mais j’ai trouvé beaucoup de gens qui m’en ont parlé. D’anciens employés vivent encore dans le coin : j’ai rencontré le cuisinier, le mécanicien, des infirmières, d’anciens malades et la veuve du directeur. Tous sont des morceaux du puzzle.


Les témoins évoquent-ils volontiers cette époque ?

Au sanatorium, les gens n’étaient pas vraiment malheureux. Bien sûr il y avait la détresse de la séparation familiale, mais ils passaient deux à trois ans à Aincourt, une vraie vie s’organisait. Des histoires se nouaient entre patients et soignants. On trouvait tout sur le site, une école une épicerie… 200 employés y étaient logés. On recrutait en priorité d’anciens malades car on était certain qu’il ne leur arriverait rien.

Au tout début attiré par le thème développé, j’ai été happé très rapidement par la force de l’écriture et de ce personnage d’une puissance incroyable.

En effet, Valentine Goby sature à dessein ses descriptions par une succession serrée de phrases courtes. . Essoufflé, il faut alors s’accrocher au volume, à la fois saisi et bousculé par un récit de vie et de mort, d’une densité impressionnante.

D'un intérêt documentaire incontestable, le texte écrit par Valentine Goby possède une force romanesque formidable à travers notamment son héroïne, la jeune Mathilde. Par sa tonalité engagée et grave, extrêmement digne, il évite tout pathos, tout misérabilisme mais saisit avec force et beauté, toute la puissance d'une femme à résister et à aimer, à lutter quoi qu'il advienne, jusqu'à l'épuisement, au renoncement de soi-même.

L’origine de ce livre ("une rencontre avec une femme incroyable") et la réalité historique méconnue de son sujet offrent à ce roman une belle légitimité, le classant à mon avis dans la catégorie des lectures nécessaires et incontournables, dont on se souvient longtemps et qu'il nous tarde de partager.
POMAH
Appréciation de lecture
Un paquebot dans les arbres
Appréciation : 8 / 10
Commentaire #1 du : 22 septembre 2017
bel hommage d'amour d'une fille à ses parents, ses frère et soeur qui est donné tout au long de ce magnifique roman, à l'époque des 30 glorieuses. Mathilde se révèle d'un extraordinaire courage pas banal pour son âge. A travers la maladie, les huissiers, le manque d'argent, la jeune fille tisse chaque jour le lien qui unit cette famille de cafetiers, elle s'écrase de responsabilités au péril de sa santé.

texte magnifique, riche en couleurs, sentiments, descriptions, images qui baignent dans un aura de liberté et d'indépendance sous le nom de MATHILDE.

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