Houris - DAOUD Kamel

Couverture Houris

« Je suis la véritable trace, le plus solide des indices attestant de tout ce que nous avons vécu en dix ans en Algérie. Je cache l’histoire d’une guerre entière, inscrite sur ma peau depuis que je suis enfant. »
Aube est une jeune Algérienne qui doit se souvenir de la guerre d’indépendance, qu’elle n’a pas vécue, et oublier la guerre civile des années 1990, qu’elle a elle-même traversée. Sa tragédie est marquée sur son corps : une cicatrice au cou et des cordes vocales détruites. Muette, elle rêve de retrouver sa voix.
Son histoire, elle ne peut la raconter qu’à la fille qu’elle porte dans son ventre. Mais a-t-elle le droit de garder cette enfant ? Peut-on donner la vie quand on vous l’a presque arrachée ? Dans un pays qui a voté des lois pour punir quiconque évoque la guerre civile, Aube décide de se rendre dans son village natal, où tout a débuté, et où les morts lui répondront peut-être.

Biographie de l'auteur

Kamel Daoud, né en 1970 en Algérie, est journaliste et écrivain.
Fils d'un gendarme et d'une femme de la bourgeoisie terrienne de Mesra, aîné d'une fratrie de six enfants, il est le seul qui ait fait des études supérieures.

Après un baccalauréat scientifique, il fait des études de lettres françaises. S'il écrit en français et non en arabe, c'est, dit-il, parce que « la langue arabe est piégée par le sacré, par les idéologies dominantes. On a fétichisé, politisé, idéologisé cette langue. »

Islamiste durant l'adolescence, il quitte cette mouvance à l'âge de 18 ans et participe à la manifestation antigouvernementale du 5 octobre 1988 à Mostaganem. Il ne se pense plus comme musulman pratiquant.

En 1994, il entre au journal francophone Le Quotidien d'Oran, y publie trois ans plus tard sa première chronique, intitulée « Raina raikoum » (« Notre opinion, votre opinion »). Il y est ensuite rédacteur en chef pendant huit ans. Selon lui, il a pu avoir, au sein de ce journal « conservateur », la liberté d'être « caustique », notamment envers Abdelaziz Bouteflika, même si parfois, il a dû publier ses articles sur Facebook en raison de l'autocensure.

Chroniqueur dans différents médias, il est éditorialiste du journal électronique Algérie-focus et ses articles sont également publiés dans Slate Afrique avant de reprendre une chronique régulière dans Liberté, intitulée « L'Autre Algérie », jusqu'à ce que le journal cesse de paraître en 2022.

Le 12 février 2011, il est brièvement arrêté dans le cadre d'une manifestation.

Il a publié en Algérie des recueils de nouvelles et de chroniques et des romans.
En 2014, son roman "Meursault contre-enquête", sélectionné pour le Goncourt et le Renaudot, obtient le prix François Mauriac et se voit décerner le prix Goncourt du premier roman en 2015 et sera ensuite adapté en monologue théâtral.
En 2017, il publie "Zabor, ou Les Psaumes", fresque dépeignant la vie d'un enfant algérien.

En 2024, il reçoit le prix Goncourt pour son roman "Houris".

Date première édition: août 2024

Editeur: Gallimard

Genre: Roman

Mots clés :

Notre avis : 8 / 10 (1 note)

Enregistré le: 08 janvier 2025



Michel-Henri
Appréciation de lecture
Houris
Appréciation : 8 / 10
Commentaire #1 du : 13 janvier 2025
Dans ce roman Kamel Daoud nous ramène à la décennie noire algérienne, ces années qu'il est désormais interdit d'évoquer sous peine de poursuite. Tous les aspects de cette atroce guerre civile sont abordés dans cet ouvrage. Mais ce qui avant tout apparaît c'est la place de la femme, la femme dans la guerre. Kamel Daoud dénonce une guerre dont les motifs sont confus et multiples : religion, guerre "tribale", politique, mœurs… Mais sous-jacent il perçoit une guerre avant tout contre la femme. La femme réduite à n'être qu'une propriété sans doute mais en plus objet sur qui on rejette la haine de soi, de son propre désir.
Il nous décrit dans ce qu'il y a de plus atroce cette idéologie mortifère. L'héroïne cependant ne tombe pas dans la haine des hommes. Il y a dans ce roman quelques figures masculines chez qui l'altérité de la feme représente un bonheur comme le père de Fajr ou encore Miloud. Bien sûr eux aussi mourrons comme les femmes.
Il me faut parler du style. Il me fait penser aux motifs des frises arabo-musulmanes ou encore à la calligraphie. Il se déploie comme une volute sans fin, motif sans cesse repris et recomposé. Il s'en dégage de la beauté souvent mais aussi quelque chose de lancinant qui est loin de nuire au propos du livre.
J'ai trouvé cependant la fin de l'intrigue un peu tarabiscotée. Non pas le dénouement qui est lumineux mais la rencontre avec les deux frères dans le village, ça a été pour moi un peu trop mélodramatique en particulier le trop long monologue du cheikh.
Reste que ce livre est un magnifique roman dont je conseille vivement la lecture.

Ecrire un avis de lecture

  • Les champs obligatoires sont marqués avec une *.

Si vous avez des difficultés à lire le code, cliquer sur le code lui-même pour en générer un nouveau.
Recopier le code de sécurité :