Conférence "La littérature négro-africaine"
par Casimir Nkongue
Les Amis de la bibliothèque de Semoy vous invitent à revoir la conférence de Monsieur Casimir Nkongue, du vendredi 16 octobre 2026, au centre culturel, salle S. Signoret, à Semoy.

Les Amis de la bibliothèque ont le plaisir d’accueillir Casimir Nkongue pour découvrir ou redécouvrir la littérature négro-africaine qui a émergé dans la première moitié du 20e siècle.
Après un rappel des événements historiques qui ont affecté le continent africain, il nous présente les principaux auteurs et les écrits de ces précurseurs qui continuent d’inspirer les écrivains de la littérature africaine actuelle.
Un peu d’histoire
Deux événements historiques ont marqué l’histoire du continent africain :
- La traite des esclaves ;
- La Conférence de Berlin (1884-1885).
La traite des esclaves a provoqué le transport hors d’Afrique de 50 millions d’habitants, soit le quart de la population, vers les plantations du Nouveau Monde. L’Angola a perdu 5 millions d’habitants !
La Conférence de Berlin (1884-1885), convoquée par Bismarck, fut l’occasion pour plusieurs nations européennes de se partager de nombreux territoires à l’intérieur du continent.
La littérature négro-africaine
Par la suite, le terme « littérature négro-africaine », choisi en lieu et place de « littérature africaine », a été précisé.
Cette littérature n’englobe pas la littérature des Africains du Nord, qui appartiennent culturellement au monde arabe. Seuls sont concernés les écrivains de l’Afrique subsaharienne et ceux vivant hors du continent qui se revendiquent de la culture africaine originelle.
D’où l’invocation de W. E. B. Du Bois, philosophe, sociologue et écrivain, premier Afro-Américain ayant suivi des études universitaires aux États-Unis. Il a influencé de nombreux intellectuels et hommes politiques noirs, notamment les écrivains du courant littéraire de la Négro-Renaissance (1918-1928), fondé à Harlem, qui ont à leur tour fortement influencé les auteurs de la littérature négro-africaine.
La tradition orale
La suite de la conférence a porté sur la littérature traditionnelle orale, à l’instar de l’épopée mandingue de Soundiata Keïta, opposé à Soumaoro Kanté dans l’Empire du Mali au XIIIe siècle.
Soundiata Keïta (1230-1255) fut le fondateur de l’Empire du Mali (1240-1645), en Afrique de l’Ouest. Sa vie et ses exploits nous sont transmis par la tradition orale, répétée par les griots et les conteurs. Il est considéré comme un grand guerrier et un chasseur-magicien.

Quartier Latin et courants littéraires
- Le mouvement Légitime défense
Le mouvement littéraire Légitime défense (1932) ne fit paraître qu’un seul numéro. Il proposait une réflexion sur l’identité martiniquaise, bien avant le mouvement de la Négritude.
- La revue L’Étudiant noir
La revue L’Étudiant noir est un mensuel créé en 1935. Elle se définit comme « un journal corporatif et de combat », ayant pour objectif la fin de la tribalisation et du système clanique en vigueur au Quartier Latin.
On cessait d’être étudiant martiniquais, guadeloupéen, guyanais, africain et malgache, pour n’être qu’un seul et même étudiant noir.
- Le courant de la Négritude
Le courant de la Négritude est fondé en 1934 par le Martiniquais Aimé Césaire, le Sénégalais Léopold Sédar Senghor et le Guyanais Léon-Gontran Damas, en plein Quartier Latin parisien.
La Négritude est un courant littéraire et politique, créé durant l’entre-deux-guerres. Il rassemble des écrivains francophones noirs comme Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor, les sœurs Paulette et Jane Nardal, considérées comme les figures inspiratrices du mouvement, Jacques Rabemananjara, Léon-Gontran Damas, Guy Tirolien, Birago Diop et René Depestre.
Note : référence Wikipédia.
Les sœurs Paulette et Jane Nardal tiennent un salon à Paris et reçoivent de nombreux intellectuels. Toute leur vie, elles s’impliqueront pour faire connaître et respecter les personnes de couleur.
- La Tigritude et la Négritude
À cette époque, vers les années 1960, une polémique oppose Wole Soyinka et Senghor, c’est-à-dire les littératures francophone et anglophone d’Afrique.
Wole Soyinka, né en 1934 au Nigeria et premier écrivain africain à avoir reçu le prix Nobel de littérature en 1986, oppose la « Tigritude » au concept de « Négritude » de Senghor.
« Un tigre ne proclame pas sa tigritude. Il bondit. »

Les genres de la littérature négro-africaine
Les principaux genres de cette littérature sont le roman, la poésie et le conte.
Le roman
Les romans racontent, parfois avec humour, la colère des peuples colonisés.
L’Aventure ambiguë, de Cheikh Hamidou Kane (1928-2026), explore le choc des cultures : le personnage est partagé entre sa culture africaine et la pensée occidentale. Dans ce récit autobiographique, il raconte la peur de perdre son identité.
Crépuscule des temps anciens, de Nazi Boni (1912-1969), est davantage une chronique qu’un roman. L’ouvrage couvre trois siècles de l’histoire du Bwamu, en Haute-Volta, aujourd’hui le Burkina Faso, jusqu’aux débuts de la colonisation.
La poésie
En poésie, le rythme est roi. Les vers sont libres et les sons et les rimes sont importants. Les griots récitent au son de la kora. René Depestre, né en 1926, est un grand poète haïtien.
Le conte
Les contes sont très importants. Il existe également de nombreux proverbes africains qui font partie intégrante de la littérature orale.

Poème de Senghor, déclamé par Casimir
Mère, on m’écrit que tu blanchis comme la brousse à l’extrême hivernage
Et je devrais être ta fête, la fête gymnique des moissons
Ta saison belle avec sept fois neuf années sans nuages et les greniers pleins à craquer de fin mil
Ton champion, Kor-Sanou !
Tel le palmier de Katamague
Il domine tous ses rivaux de sa tête au mouvant panache d’argent
Et les cheveux des femmes s’agitent sur leurs épaules, et les cœurs des vierges dans le tumulte de leur poitrine.
Voici que je suis devant toi, Mère, soldat aux manches nues
Et je suis vêtu de mots étrangers où tes yeux ne voient qu’un assemblage de bâtons et de haillons.
Si je te pouvais parler, Mère !
Mais tu n’entendrais qu’un gazouillis précieux et tu n’entendrais pas,
Comme lorsque, bonnes femmes de Sérères, vous déridiez le Dieu-au-troupeau-de-nuages
Pétaradant des coups de fusil par-dessus le cliquetis des mots paragneiss. .../…
Senghor, Hosties noires, Éditions du Seuil, 1948.
Annexe
« Il n’y a pas de peuple sans culture », a écrit Lévi-Strauss.
L’Afrique a, depuis l’Antiquité, produit des cultures si riches et si originales que le savant allemand Frobenius constatait en 1906 qu’il existait vraiment une civilisation africaine portant, d’un bout à l’autre du continent noir, « la même frappe », c’est-à-dire le même cachet.
« Partout nous reconnaissons un esprit, un caractère, une essence semblable. »
Ouvrage important : Histoire de la civilisation africaine, NRF, Paris.
Bibliographie
- Anthologie négro-africaine, Lilyan Kasteloot, éd. Marabout.
- Poèmes, Léopold Sédar Senghor, éd. Points.
- Cahier d’un retour au pays natal, Aimé Césaire, éd. Présence africaine.
- Discours sur le colonialisme, Aimé Césaire, éd. Présence africaine.
- Conversation avec Aimé Césaire, Patrice Louis, éd. Arléa.
- Nègre je suis, nègre je resterai. Entretiens avec Françoise Vergès, éd. Albin Michel.
- Je ne suis pas un homme libre, Peter Abrahams, éd. Casterman.
- Le monde s’effondre, Chinua Achebe, éd. Présence africaine.
- The Big Sea, Langston Hughes, éd. Points.
- L’Aventure ambiguë, Cheikh Hamidou Kane, éd. Domaine étranger.
- L’Ivrogne dans la brousse, Amos Tutuola, éd. Gallimard.
- L’Enfant noir, Camara Laye, éd. Pocket.
- Peau noire, masques blancs, Frantz Fanon, éd. Points.
- Le Pauvre Christ de Bomba, Mongo Beti, éd. Présence africaine.
- Main basse sur le Cameroun…, Mongo Beti, éd. La Découverte.
- L’Étrange Destin de Wangrin, Hampâté Bâ, éd. 10/18.
- Une si longue lettre, Mariama Bâ, éd. Litos.
- Aké, les années d’enfance, Wole Soyinka, éd. Points.
Livres prêtés par les Amis de la Bibli (à la bibliothèque)
- L'enfant noir, Camara Laye
- Un océan, deux mers, trois continents, Wilfried N’Sondé
- Allah n’est pas obligé , Ahmadou Kourouma
- Les Soleils des indépendances , Ahmadou Kourouma
- Tout s'effondre, Chinua Achebe
- Chaka, une épopée bantoue, Thomas Mofolo
- Les Contes d’Amadou Koumba, Birago Diop
- Proverbes marque-page, dénichés par les Amis de la Bibli
La soirée se termine par le verre de l’amitié autour de notre conférencier. Merci Casimir.
Merci à la cinquantaine de personnes qui nous ont honorés par l’intérêt qu’elles portent à nos conférences.
Pour aller plus loin :
Revoir notre exposition en 2021 ICI
Merci à notre fidèle public depuis 18 ans !
